Un écrivain en herbe

René Lévesque, alors qu’il était inscrit en classe de Méthode (Secondaire 3) au Séminaire de Gaspé, a publié cinq articles dans L’Envol, journal rédigé par les élèves et paru pendant une seule année, en 1935-1936. Il avait 13 ans.

Écrits avec une élégance remarquable chez un garçon de cet âge, ces textes nous révèlent un jeune Lévesque maîtrisant le français, son orthographe et sa grammaire. L’alternance de descriptions et de narrations anime le récit riche d’un vocabulaire précis et varié. Nous trouvons forcément sous la plume du collégien plusieurs clichés et quelques tournures naïves. Également, une jolie perle : « aisant » pour
« aisément » et un étonnant « réguliaire » au lieu de « régulière ».

Ce sont des textes d’époque. Une époque où la religion, l’histoire et le nationalisme canadien-français occupaient beaucoup de place dans la formation des adolescents.

Dans son conte « Le Noël du chamelier », le jeune écrivain, apprenti journaliste, couvre un événement merveilleux et décrit avec force détails cette scène étonnante qui se déroule dans une étable de Bethléem : un couple, un nouveau-né, un bœuf et un âne, trois hommes richement habillés.

La fête de Dollard des Ormeaux lui fournit le prétexte de s’interroger : « Pourquoi demeurer français » ; dans son analyse se manifeste clairement l’influence de Lionel Groulx.

Chez l’enfant de la Gaspésie, la mer est toujours présente dans son imaginaire. « Ô flots ! que vous avez de lugubres histoires ! » raconte le naufrage d’une goélette anéantie dans la tourmente d’un ouragan.

« Une vieille amie » relate l’odyssée de l’horloge familiale autrefois propriété d’une noble lignée française, émigrée en Angleterre pendant la Révolution, puis ralliée à Napoléon ; acquise par le grand-père de l’auteur en 1850, elle trône dans la maison de New Carlisle.

Dans « Boulot », le collégien devient caustique pour décrire la journée d’un potache de 15 ans destiné à choisir une profession surencombrée de nullités ; s’agit-il du droit ?

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