Gaspésie, pays du passé, pays d’avenir

En août 1947, René Lévesque et Louise L’Heureux, qui s’étaient épousés le 3 mai à Québec, entreprennent la tournée de la Gaspésie, second voyage de noces, après le premier qui les avait conduits à New-York et à Virginia Beach. Le nouveau marié entend initier sa jeune femme au pays de son enfance, et notamment lui montrer sa maison natale à New Carlisle.

De retour, il publie dans Le Canada, quotidien de Montréal paru de 1903 à 1953, son reportage sous-titré «La péninsule inconnue» qui comporte cinq articles.

1 – La porte étroite. Cette porte, c’est la vallée de la Matapédia, où coule «une rivière jolie comme un Cézanne et capricieuse comme une nymphe».

2 – Au pays des Robins. Parcours du littoral de la baie des Chaleurs où les propriétaires de la compagnie Robin, Jones & Whitman gardèrent «sous leur coupe, dans un véritable servage, des générations entières de pêcheurs».

3 – Où le goéland est roi. Voici Percé, avec «le Rocher qui est brun, rouge, vert, jaune, bloc supra-réaliste que Picasso lui-même n’aurait jamais imaginé» et l’île Bonaventure «longue et monotone, sa grosse tête de pierre pointant vers le Golfe».

4 – L’ombre falote de Jacques Cartier. Elle plane sur Gaspé, «le grand port qui a raté sa vie», mais néanmoins «le cœur d’une région maritime, forestière, en pleine expansion».

5 – Tant qu’il y aura du poisson dans la mer… Rivière-au-Renard, village ouvert sur le Golfe où «les maisonnettes jaunes, vertes, blanches, chatoient dans les feux du couchant». Village de pêcheurs : «à quatre heures du matin, les hameçons grassement boëttés de hareng frais, ils vont pêcher la morue».

René Lévesque est âgé de vingt-cinq ans lors de ses retrouvailles avec sa «toute nue et bien-aimée Gaspésie», où il a vécu enfance et adolescence et dont il reparlera quarante ans plus tard dans Attendez que je me rappelle…