Oui – Discours du 4 mars 1980, Assemblée nationale

M. le président, c’est avec une certaine émotion, on le comprendra, une émotion au fond de laquelle je ressens une grande fierté, que j’ai l’honneur d’ouvrir ce débat à l’Assemblée nationale; car jamais, probable­ment, notre Parlement n’a mérité de s’appeler national comme en ce moment et pendant les jours qui viennent. J’espère que toutes les astuces parlementaires du député de Bonaventure, qui vient de nous évoquer le spectre des points de règlements, ne nous empêcheront pas, dans un contexte comme celui-là, d’évoquer l’ensemble de la question parce qu’il ne s’agit pas seulement de la ques­tion qui sera posée au référendum, il s’agit très spécifi­quement de la question du Québec lui-même.

En dépit de la confiance que nous ressentons, nous tous ici, et nous tous, partout au Québec, qui proposons le oui au référendum, je dois avouer cependant que c’est quand même une fierté un peu inquiète que nous ressen­tons. Nous n’avons pas l’habitude de rendez-vous com­me celui du référendum, c’est la première fois de toute notre histoire que se présente une telle occasion de décider par nous-mêmes, collectivement, de ce que nous voulons être et de la direction que nous voulons prendre pour l’avenir. Il y a des gens, hélas — c’est leur droit, mais je dis hélas quand même — qui semblent bien décidés à tout faire pour que cette occasion soit ratée, des gens qui vont, par exemple, sans crainte de se con­tredire, tâcher de faire croire à la fois que cette étape est insignifiante et en même temps qu’elle est trop redou­table. C’est pourquoi la fierté que nous ressentons déjà ne sera vraiment sans mélange qu’au soir de ce jour où, après avoir étudié tous ensemble, non pas seulement la question qui est posée, justement, mais jusqu’en ses moindres replis la question du Québec lui-même, de son évolution, de la situation que cette évolution nous a faite, de nos aspirations et de nos perspectives et qu’alors, tous ensemble, nous nous serons prononcés. Nous aurons alors posé un geste qui, de toute façon et quoi qu’il advienne, demeurera historique puisqu’en soi, le référendum va constituer le premier exercice par le peuple québécois de ce droit fondamental de tous les peuples qui est celui d’orienter eux-mêmes leur destin et qu’on appelle couramment le droit à l’autodétermina­tion.

C’est donc en soi une étape cruciale dans le développement du Québec. Et ce qui nous inspire sur­tout confiance, quant à nous qui proposons la question au référendum, c’est que cette étape vient à son heure. L’idée n’est pas nouvelle: il y a plusieurs personnalités qui avaient déjà évoqué l’hypothèse du référendum pour les choix politiques les plus importants. Jusqu’à présent, cela ne s’était pas concrétisé, les temps n’étaient pas mûrs. Mais, au fond, on savait bien qu’il fallait que ça vienne un jour, comme on sait qu’un jour, un fruit doit être cueilli si on ne veut pas qu’il pourrisse sur la branche, comme on sait qu’un jour, chacun doit assumer aussi sa maturité avec les responsabilités qui l’accompagnent.

C’est ce que nous avons d’ailleurs tâché d’exprimer à la toute première page du Livre blanc que le gouverne­ment publiait il y a quelques mois: Dans l’histoire des peuples, comme dans la vie des individus, surviennent des moments décisifs. Ces moments décisifs sont rares. Heureusement, pourrait-on dire, car ils s’accompagnent presque toujours d’une certaine angoisse. Même quand le chemin nouveau qui s’offre au carrefour est bien plus prometteur que l’ancien, d’instinct on est d’ordinaire porté à en exagérer les embûches et, naturellement, la peur du changement fait chercher des attraits inédit: au vieux sentier sans horizon.

Pour réussir, il faut surmonter cette crainte. Nous voici tous, Québécois et Québécoises, arrivés à un mo­ment décisif. Après des années de discussion, de crise constitutionnelle, d’enquête et de rapports, le temps est venu de choisir librement, démocratiquement, le chemin de notre avenir. Quand vient le moment d’orienter ainsi et d’engager son destin collectif, un peuple doit réfléchir mûrement. Nous, Québécois, d’où venons-nous? où en sommes-nous? et quelles sont nos chances de grandir et de nous épanouir? Autant de questions qu’on doit se poser pour éclairer le vote…

D’abord, d’où venons-nous? Nous venons de bientôt quatre cents ans d’histoire, de ténacité et de con­tinuité. Après nos concitoyens autochtones, nous som­mes le peuple le plus profondément enraciné en Améri­que du Nord. Nous le savons, cela n’a pas été facile de durer comme ça. Ils étaient une poignée, il y a deux cent vingt ans, qui avaient une même promesse de plénitude nationale que tous les autres, toutes ces autres colonies que la vieille Europe avait implantées: des Espagnols, des Portugais, des Hollandais et, bien sûr, des Anglo­-Saxons, et qui tous, en cours de route, plus ou moins malaisément, sont arrivés à cette plénitude nationale.

Mais, il y a deux cent vingt ans, la poignée que nous étions a été conquise et décapitée, coupée des centres de décision et, pendant longtemps, repliée sur ce qu’on a appelé la survivance. Et puis, peu à peu, en maintenant farouchement notre identité, en y ajoutant de généra­tion en génération le nombre suffisant, en récupérant laborieusement un à un des droits et des instruments collectifs, nous sommes devenus finalement ce que nous étions destinés à devenir: un peuple qui, comme les autres, mérite de compter, quand ce ne serait que pour être digne de tous ceux et toutes celles qui nous ont per­mis de nous rendre jusque-là, un peuple qui a non seule­ment le droit mais, désormais, le devoir de s’affirmer et de prendre en main l’essentiel de ses affaires. Parce qu’il nous est arrivé quelque chose d’extraordinaire il y a moins d’un demi-siècle, quelque chose d’extraordinaire et aussi de parfaitement naturel.

Chez nous comme ailleurs, il y a eu l’accélération de l’histoire; tous ceux qui peuvent regarder en arrière, se retrouver disons il y a trente-cinq ou quarante ans, ont la nette impression quasiment de retourner dans un autre monde. À ce moment-là, c’était une société plus simple, moins tourmentée, moins compliquée aussi. Même si c’était la guerre qui nous rejoignait de loin, c’était une société qui était à la fois solidement installée dans des structures traditionnelles, avec toute une ar­mature sociale et mentale aussi, mais en même temps une société qui était très peu sûre d’elle-même, qui était encore résignée indéfiniment à dépendre des autres et comme on disait, à être née pour un petit pain. Et puis, brusquement — on l’a constaté brusquement, mais cela venait sûrement de loin, on ne l’avait pas vu venir —, il y a eu une sorte de printemps, un printemps tardif, mais irrésistible aussi, un peu comme nos rivières quand la glace finit par sauter et qu’on sent le renouveau qui monte de partout. Et comme ailleurs, je crois bien que cela a commencé par les poètes — et c’est vrai partout dans le monde —, par les artistes, par les écrivains. Nous autres, les Québécois, qui vivions à peu près ex­clusivement du vieux gagné que nos ancêtres avaient ap­porté et qu’ils nous avaient transmis, sommes devenus comme jamais des créateurs, des exportateurs capables de rayonner ailleurs dans le monde par la chanson, par l’écriture de plus en plus, par le cinéma quelquefois, par la peinture très souvent et tout le reste qui nous a fait modestement, mais quand même autant sinon plus que n’importe quelle autre communauté humaine de six millions de gens, une sorte de véritable renaissance culturelle.

Et aussi notre pensée sociale s’est mise à s’affirmer comme jamais. Elle est devenue féconde au point de se trouver assez souvent à l’avant-garde non seulement du Canada, mais du continent tout entier. Les allocations familiales étaient là dans le paysage sans avoir été changées depuis 1945 ou à peu près. C’est dans les années soixante et c’est au Québec que pour la première fois, on a eu l’idée et ensuite le projet précis de les adapter à l’évolution des familles et de leurs besoins dans le monde contemporain. Les pensions de vieillesse n’avaient guère bougé non plus. C’est au Québec encore qu’a été conçu le supplément qui s’appelle le régime des rentes, dont l’instrument financier est la Caisse de dépôt et que maintenant, tout le reste du Canada a adopté. Tout récemment, c’est au Québec qu’on a mis sur pied finalement un nouveau régime d’assurance automobile plus humain, plus civilisé et au moins aussi efficace que tous les autres qui l’avaient précédé. C’est au Québec qu’avec les moyens du bord et ceux que le régime veut bien nous laisser, on fait présentement un bout de chemin nouveau dans la direction du revenu minimum garanti pour nos travailleurs.

Et on a vu également le même genre de transforma­tion du côté de la capacité de compétence et d’invention dans le domaine politique et administratif. C’est au Québec d’abord, sur tout le continent, je crois, que par étapes dont la dernière est la loi no 2 sur le financement des partis politiques qu’on a mis fin peu à peu au cours d’une quinzaine d’années au mariage coulissier et malsain des intérêts et des groupes de pression privés avec le trésor public; et c’est au Québec aussi depuis une vingtaine d’années qu’on a développé une compétence et de plus en plus de rigueur administrative et budgétaire, avec des erreurs de parcours — il y en a partout et il y en aura toujours —, mais une compétence et une rigueur qui peuvent se comparer avantageusement avec, je crois, ce qui se fait n’importe où ailleurs.

C’est vrai aussi dans le domaine économique, et c’est peut-être plus spectaculaire que tout le reste parce que c’est là que nous avions accumulé et c’est là qu’on nous avait soigneusement injecté les plus solides com­plexes d’infériorité. Je me souviens encore — le député de Bonaventure doit s’en souvenir aussi puisqu’il était là — des années soixante, alors que dans des circonstances quasi référendaires, on discutait de la reprise en main de l’électricité. Combien de gens s’acharnaient à nous dire qu’on ne serait pas capable, s’acharnaient à répéter que construire nos barrages nous-mêmes, unifier et ad­ministrer nous-mêmes un grand réseau de distribution, c’était au-delà de nos forces et pourtant, aujourd’hui, Hydro-Québec est non seulement en quelque sorte un navire amiral pour l’économie du Québec, mais se situe à coup sûr mondialement à la pointe de toutes les en­treprises du secteur.

Quant à SOQUEM dans le domaine minier, pour prendre seulement un autre exemple, sauf erreur elle récupérera cette année en une seule année le total de tous les fonds que l’État lui a avancés depuis sa création. En même temps, parallèlement, partout dans nos régions, on a vu surgir et on voit surgir de plus en plus nombreuses des entreprises nouvelles ou des entreprises en pleine expansion.

En compétence, en efficience, en initiative et en audace, on assiste ces années-ci à une véritable métamorphose. Comme beaucoup d’autres, je suis allé voir cela un peu partout, en Abitibi-Témiscamingue, au Saguenay-Lac Saint-Jean, dans la Beauce, bien sûr, en Estrie, dans les Bois Francs et c’est vrai aussi — on en a la preuve tous les jours — dans les régions métropoli­taines où c’est moins facile à percevoir parce que, évidemment, on se connaît moins, mais là également, c’est bien réel. On le voit à mesure que les projets pas­sent sous nos yeux.

Aujourd’hui, donc, où en sommes-nous? C’est de là que nous venons. Avec tout cela, où en sommes-nous aujourd’hui? Nous en sommes au point très simplement où dans aucun des grands secteurs de la vie en société, sans nous prendre pour d’autres, il ne nous est interdit désormais de nous prendre pour moins que ce que nous sommes. Il est interdit de penser que nous ne serions pas aussi capables que quiconque de prendre nos affaires en mains, et très certainement mieux équipés pour le faire que n’importe qui d’autre quand justement il s’agit de nos affaires. Nous sommes maintenant dans le peloton de tête des pays qu’on dit avancés. Nos ressources hu­maines sont de plus en plus compétentes et inventives. Grâce à une solide tradition d’épargne, nous avons ac­cumulé tous les capitaux requis pour assurer nous- mêmes l’essentiel de notre développement. Nos ressources naturelles, qui sont encore inexplorées dans une foule de coins du territoire, nous garantissent une base physique parmi les plus riches et les plus diver­sifiées au monde. À condition de l’entretenir avec soin, nous avons la fortune à perpétuité dans l’un des plus vastes de tous les domaines forestiers. Sur le plan de l’énergie où l’on parle sans cesse actuellement, et trop souvent pour nous redonner des complexes, du pétrole de l’Alberta, d’ici quelques brèves années nous pro­duirons au Québec 25 000 mégawatts d’électricité. Au moyen de centrales thermiques conventionnelles, auxquelles d’autres ont dû se river depuis longtemps, il faudrait chaque jour 700 000 barils de pétrole pour obtenir le même rendement; ce qui représente déjà, en attendant la suite, la moitié de la production annuelle de l’Alberta.

Or, tout cela n’est pas le fruit du hasard et ce n’est pas non plus lié — en particulier, tout ce renouveau et cette fécondité des vingt-cinq, trente dernières années — ce n’est pas non plus lié au régime politique dans lequel nous vivons. Il faut dire, en fait, que c’est plutôt le con­traire qui s’est produit. Si nous faisons aujourd’hui par­tie des pays hautement développés et que, parmi cent cinquante autres dans le monde, cela nous donne le quatorzième rang en ce qui concerne le niveau de vie, c’est grâce d’abord et avant tout à nos efforts ici au Québec, grâce à nos ressources, grâce aux capacités que nous avons su développer que nous sommes arrivés jusque-là. S’il n’y avait pas eu en même temps les en­traves, les complications et les trop fréquentes iniquités du régime fédéral tel qu’il est, nous y serions parvenus plus rapidement, moins difficilement et nous serions rendus aujourd’hui pas mal plus loin.

C’est pourquoi nous disons maintenant qu’au lieu de ce régime qui est dépassé, dont tout le monde admet que tel quel il est dépassé, à commencer par nos amis d’en face dans leur Livre beige et dans divers autres documents qui ont émané de leur réflexion, et sans renier pour autant une longue tradition de co-existence qui a créé tout un réseau d’échanges, nous nous devons d’arriver avec nos voisins et partenaires du reste du Canada à une nouvelle entente d’égal à égal, c’est-à-dire la seule voie qui puisse être l’aboutissement normal de notre évolution, la seule qui puisse répondre aux exigen­ces du présent et la seule surtout qui puisse nous assurer dans l’avenir un progrès continu et sans cesse plus vivi­fiant.

D’ailleurs, ce serait aussi de corriger enfin un malentendu qui dure depuis le début, c’est-à-dire depuis cent treize ans. Dès le départ, en effet, les délégués de ce qu’on appelait le Haut-Canada, l’Ontario, et les autres provinces anglaises ou colonies à l’époque, voulaient d’abord et avant tout un Parlement central, suprana­tional, le plus fort possible, assez fort, avec assez de pouvoirs centralisés pour présider au développement d’un nouveau pays, un pays qui serait essentiellement anglophone, mais de tradition britannique, au nord des États-Unis. Alors que pour leur part les Québécois, au même moment, désiraient par-dessus tout, à tout le moins un gouvernement provincial aussi responsable, aussi autonome que possible, un gouvernement qui puisse devenir, jusqu’à un certain point, leur vrai gouvernement, celui dans lequel ils seraient toujours sûrs de se reconnaître. Mais c’est, bien sûr — on le sait — la première conception qui a surtout prévalu et qui, ensuite, s’est trouvée et se trouve encore à l’arrière-plan de toutes les tensions qu’on a vécues dans la dualité canadienne comme on se plaît à l’appeler maintenant, et qui, maintenant aussi, se trouve au coeur de la crise ins­titutionnelle, constitutionnelle, qui nous accompagne et qui n’a cessé de s’aggraver depuis quelque chose comme quarante ans.

Même le chef actuel du Parti libéral admettait d’ailleurs l’existence de ce malentendu à la source dans son document qu’il avait intitulé Choisir le Québec et le Canada, où certains de ses diagnostics se rapprochaient remarquablement de ceux que nous avons nous-mêmes rendus, peu importe qu’évidemment cela ne l’ait pas amené aux mêmes conclusions. Notre conclusion, en ef­fet, c’est qu’il faut maintenant enchaîner en pratique et non plus seulement en paroles sur cette longue et tenace continuité des revendications québécoises, des reven­dications autour desquelles, constamment, nostalgique- ment, on tournait; on n’osait pas aller jusqu’au bout de sa pensée mais, constamment, s’y trouvait la notion ab­solument centrale d’égalité entre deux peuples.

C’est à cela, au fond que visait pas si confusément que cela M. Duplessis, quand il parlait de ramener chez nous notre butin. M. Godbout lui-même — je vais en surprendre plusieurs; on lui a fait tellement une mauvaise réputation historiquement — ne proposait-il pas en 1948, et en toutes lettres, la tenue d’un référen­dum pour en arriver, je cite, tenons-nous bien: À une entente d’égal à égal entre le Québec et le Canada? Il y a trente-deux ans de cela.

Je passe par-dessus le «maître chez nous» de M. Lesage et du gouvernement des années soixante, «l’égalité ou l’indépendance» de Daniel Johnson et du gouvernement de la fin des années soixante, la «souveraineté culturelle» de M. Bourassa dans les années soixante-dix. Je me contenterai d’évoquer un peu plus longuement l’affirmation très concrète de la Commission Laurendeau-Dunton — ça remonte à 1963, il y a dix-sept ans — une affirmation dont aucune depuis lors n’a égalé ni la vigueur ni la clairvoyance. Ce qu’écrivaient dans ce rapport préliminaire André Laurendeau, Davidson Dunton et leurs collègues, c’était entre autres ceci:

Les principaux protagonistes du drame, qu’ils en soient pleinement conscients ou non, sont le Qué­bec français et le Canada anglais. Il ne s’agit plus du conflit traditionnel entre une majorité et une minorité; c’est plutôt un conflit entre deux ma­jorités. Le groupe majoritaire au Canada et le groupe majoritaire au Québec. Cela revient à dire que le Québec francophone s’est longuement com­porté un peu comme s’il acceptait de n’être qu’une minorité ethnique privilégiée. Aujourd’hui, le Qué­bec se regarderait lui-même comme une société presque autonome et s’attendrait à être reconnu comme telle. Cette attitude se rattache à un espoir traditionnel au Canada français, celui d’être égal comme partenaire du Canada anglais.

Les Canadiens de langue anglaise, en général, doivent en venir à reconnaître l’existence au Canada d’une société francophone vigoureuse. Il faut donc qu’ils acceptent, comme nécessaire à la survivance même du Canada, une association réelle comme il n’en peut exister qu’entre partenaires égaux. Ils doivent être prêts à discuter franchement et sans préjugés les conséquences pratiques d’une telle association.

Il y a dix-sept ans que cela a été écrit et, quatre ans plus tard, en 1967, voici encore l’affirmation qu’on trouvait dans le rapport final: Le principe d’égalité prime pour nous toutes les considérations historiques ou juridiques. Or, de toutes les recommandations de ce rapport, aujourd’hui, après treize ans, seules tant bien que mal et avec une volonté si souvent vacillante, celles touchant à une certaine égalité linguistique ont été mises en vigueur; mais c’est aux oubliettes qu’on a relégué la question fondamentale de l’égalité politique, la seule en­tre deux communautés nationales qui puisse sous-tendre et étayer toutes les autres formes d’égalité dont on peut parler.

La démarche qui nous mène au référendum, celle que nous proposons, est donc non seulement fidèle à l’aspiration la plus profonde et la plus constante des Québécois, mais c’est également la seule qui puisse enfin nous sortir du cercle vicieux dans lequel notre crise de régime s’est enlisée. Il n’y a guère que des autruches politiques ou des gens très naïfs ou très présomptueux qui pourraient refuser de voir que les échecs répétés de tous les gouvernements qui ont cherché une solution dans le rafistolage du régime et aussi que l’écart concret, qui va d’ailleurs en s’élargissant, entre la réalité du Québec et celle du Canada anglais nous mènent forcé­ment à la conclusion suivante: que seule l’expression majoritaire, massivement majoritaire autant que possi­ble, d’une volonté de changement dans l’égalité par l’ensemble des Québécois nous permettra jamais d’amorcer le processus indispensable.

Il faut bien penser qu’en face de nous, au Canada anglais, il existe aussi un sentiment national très fort. Ce sentiment national s’est exprimé d’une façon par­ticulièrement frappante par des silences tonitruants et par des sympathies du bout des lèvres et foncièrement embarrassées lors de la publication, par le Parti libéral provincial, de son Livre beige. Au-delà des diversités d’intérêts des provinces et des régionalismes plus ou moins agressifs, selon les circonstances, il existe chez les Canadiens anglais une unité d’aspirations là aussi face aux questions fondamentales qui se posent et qu’on ne peut pas ignorer. C’est cette unité d’aspirations qui a répondu au député d’Argenteuil et à ses collègues, récemment, qu’elle voulait un gouvernement central fort et que le panprovincialisme du projet libéral québécois risquerait de mener plutôt à une certaine désintégration. Le gouvernement québécois respecte cette réalité nationale canadienne anglaise et ne prétend pas lui imposer quelque système politique que ce soit. Nous ne reprocherons pas aux Canadiens des autres provinces d’être attachés au régime fédéral essentielle­ment tel qu’il est, d’y voir des avantages évidents — et cela, l’histoire prouve qu’ils ont eu raison de les voir — et de chercher à conformer ce régime toujours davan­tage à leurs aspirations propres.

Mais comme ce système a justement fonctionné, et cela tout le monde en convient, d’abord et avant tout à l’avantage de la majorité canadienne-anglaise, en par­ticulier de l’Ontario, et que de plus le Québec s’y trouve de plus en plus minoritaire, il n’est que normal de rechercher de nouvelles formes de coopération en pro­posant une solution de rechange qui tâche de respecter les besoins en même temps que la plus centrale des aspirations des deux parties. C’est dans cette perspective et avec cet espoir que nous entretenons depuis plus d’une douzaine d’années, que le 20 décembre de l’année dernière, pour l’information et la réflexion de l’As­semblée nationale et de tous nos concitoyens aussi qui le voudraient, je rendais public le texte de la question que nous avions décidé de proposer au référendum. Soit dit en passant, les convictions que nous avions déjà quant à la clarté, à la franchise et à l’honnêteté foncières de cette question, ces convictions n’ont fait que se renforcer depuis et je n’hésite pas à dire, parce que nous avons de claires indications à ce propos, qu’une solide majorité de Québécois semble bien être du même avis…

Quant à la légalité stricte du texte à propos de la­quelle d’aucuns se sont évertués à fendre en quatre tous les cheveux qui leur tombaient sous la main, aux opi­nions verbales et très nombreuses et très concordantes que nous avions dès le départ, s’ajoute maintenant l’opinion claire et sans ambages du bataillon de juristes qui ont la responsabilité permanente de conseiller les gouvernements du Québec en cette matière, les juristes du ministère de la Justice.

Et qu’est-ce qu’elle dit, cette question? D’abord, elle pose le principe sur lequel tout le reste s’appuie, le principe de l’égalité fondamentale des deux peuples qui composent le Canada actuel. Ce principe, l’application en est la règle universelle du monde civilisé. Sur ce plan des droits et des intérêts fondamentaux, de l’exercice de ces droits — non pas des droits et des intérêts dans les nuages — et de la gestion de ces intérêts, c’est d’égal à égal que tous les peuples qui se respectent doivent établir leurs relations.

La question proposée précise ensuite l’entente nouvelle par laquelle, et par laquelle seulement, ce prin­cipe pourra s’appliquer et vivre, encore une fois, sa réalité, vivre non plus dans l’abstrait, dans l’académi­que, dans les nuages vaporeux de la velléité comme, malheureusement, c’est le cas dans le Livre beige du Parti libéral provincial.

En fait, le seule façon dont on puisse espérer que ça se concrétise dans un nouvel équilibre — et voilà combien d’années que les événements s’acharnent à nous le confirmer — c’est, d’une part, par la récupération au Québec du pouvoir exclusif de faire nos lois sans que d’autres viennent leur marcher sur les pieds; de lever et d’employer chez nous tous nos impôts, tous les revenus publics que nous payons justement pour notre dévelop­pement et, d’autre part, afin de maintenir un espace économique commun dont personne, ni d’un côté ni de l’autre, n’aurait avantage à se priver, par le maintien, la continuité d’une association économique qui compor­terait notamment l’utilisation conjointe de la même monnaie.

Le mandat que demande le gouvernement, c’est celui d’aller négocier une nouvelle entente qui réponde à cette double exigence. Ni plus ni moins. Ce qu’on demande, toutefois, ce n’est pas non plus un chèque en blanc. On ne demande pas aux citoyens d’approuver d’avance, quel qu’il soit, l’aboutissement de cette démarche. Nous nous engageons à ne pas prétendre ef­fectuer de changement définitif du statut politique avant d’avoir consulté à nouveau la population parce que nous sommes conscients du fait qu’aucun changement politique sérieux ne pourrait être envisagé, et sûrement pas réalisé, sans l’adhésion formelle et soutenue de la majorité des citoyens.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle — je l’ai dit à maintes reprises, et je tiens à le répéter — le gouverne­ment va respecter, quelle qu’elle soit, jusqu’à la fin de son mandat, la décision majoritaire qui sortira du réfé­rendum, sans prétendre d’aucune façon passer outre à la volonté collective. Il serait éminemment souhaitable qu’on ait la même garantie de la part de ceux qui se préparent à défendre l’option négative pendant la campagne qui s’amorce. Il serait bon que de telles garanties de respect démocratique de la volonté des citoyens soient données tout de suite, dès maintenant, avant que l’intensité du débat n’envahisse toute la scène.

Sur ce, il faut se demander brutalement ce que serait la portée du oui et du non, ce que l’un ou l’autre annoncerait comme avenir prévisible. Je pense que beaucoup de Québécois — ils sont chaque jour plus nombreux, sauf erreur — ont déjà pris conscience de ce que signifierait une réponse négative. Elle consacrerait à nouveau, et pour longtemps, le lien de dépendance du Québec par rapport à la majorité anglo-canadienne. Elle consacrerait à nouveau, et pour longtemps, le statut d’inégalité du peuple québécois et, pis encore, une situa­tion de plus en plus minoritaire au sein de l’ensemble fédéral. Ce serait la continuation, sinon la perpétuation des conflits interminables, des culs-de-sac fédéraux- provinciaux, des chevauchements innombrables dans lesquels se dilue la responsabilité; et dans une stérilité sans cesse croissante se gaspillent tant d’énergie, de ressource et de temps.

Ce serait aussi la permanence de politiques fédérales qui, trop systématiquement, créent surtout de l’emploi et du développement ailleurs et prétendent compenser chez nous par l’entretien du sous-emploi et du sous-développement relatif. On me permettra, à ce propos — je pense que c’est un pensez-y bien — de citer un extrait d’une étude qui a été commandée en 1977 par le Premier ministre d’alors, au fédéral, et à nouveau Premier ministre, sur les interventions d’Ottawa au Québec. Les conclusions de cette étude, qui portent sur les activités de cent ministères et agences fédérales durant la période 1967-1976, sont terriblement claires.

Le gouvernement fédéral, y lit-on, (il s’agit d’un docu­ment, comme on le sait, qui ne devait pas être publié, mais comme il arrive de plus en plus à notre époque, il a connu une fuite qui nous a permis à tous de savoir ce qu’il y avait dedans) crée souvent des conflits avec Québec en intervenant sans connaître les bases constitu­tionnelles ou même les conséquences probables de ces actions.

Un peu plus loin: Les ministères fédéraux, souvent, ne consultent pas Québec même lorsque les programmes sont d’un intérêt particulier pour lui. Encore: Il apparaît évident qu’il y a peu d’instances où le ministère ou l’agence fédérale était conscient des effets de ces ac­tivités sur la population du Québec ou sur les priorités, les politiques ou les programmes québécois. Enfin, ce dernier extrait: Il est même rare qu’on ait tenté de prévoir les effets de ces activités avant qu’elles ne soient entreprises.

Comment imaginer, dans un contexte où cela est enraciné comme façon de voir les choses, que le non puisse être autre chose que la justification à l’avance du blocage constitutionnel, qu’il puisse annoncer autre chose que l’arrêt du mouvement historique dans lequel, veut veut pas, nous sommes engagés parce que c’est le mouvement même de la vie? Bref, le non au référendum est peut-être québécois, comme le dit assez tristement le calembour dont accouchait ces jours derniers le congrès du Parti libéral provincial, mais ce serait du québécois replié, désuet, tassé frileusement sur la peur de s’assumer et l’incapacité de faire face à l’avenir. Pour bien des lunes, ce serait l’impossibilité de faire prendre vraiment au sérieux, par quelque interlocuteur que ce soit, même quelque chose qui a autant peur d’affirmer le Québec, qui semble même avoir autant honte de nos aspirations les plus légitimes, les plus répétées, les plus enracinées, que ce Livre beige auquel nos amis d’en face viennent de se résigner officiellement.

Face à cet appel à l’immobilisme et à la stagnation, le oui, c’est l’assurance, enfin, d’un déblocage, c’est l’ouverture à un changement qui s’inscrit dans la con­tinuité du développement et de la maturation de tout un peuple, c’est la claire proclamation d’une volonté d’égalité et d’égalité vécue ailleurs que seulement sur le papier, c’est la condition d’une certitude définitive pour la sécurité culturelle avec des chances de plein épanouissement de cette culture, de l’identité qu’elle a forgée au cours des générations et du développement de tout ce potentiel proprement illimité pour lequel, com­me toutes les sociétés, c’est sur nous-mêmes d’abord que nous devrons compter. Ce oui, c’est en même temps un meilleur équilibre et un partage plus équitable dans le partnership économique avec le reste du Canada. Il permettrait d’éliminer des facteurs qui ont entravé notre développement sur bien des plans, et en particulier sur le plan économique.

Voilà ce que peut amorcer, et très vite, une réponse positive, car voilà ce que contient en perspectives la question qui est proposée. C’est la promesse qu’elle renferme et que toutes les déformations qu’on va tenter de lui faire subir ne pourront pas effacer.

Encore une fois — il faut le répéter —, c’est une promesse qui est également féconde, qui peut être décontractante et décomplexante pour les deux parties. Le oui au référendum — je ne devrais pas avoir le besoin de le dire — n’a pas pour effet ni pour but d’abolir le Canada. On ne devrait pas avoir besoin de le dire, mais je crois pourtant qu’il faut le dire puisque, dans la présentation d’une motion de blâme de son parti, ici même, le 11 octobre dernier, le chef de l’Opposition of­ficielle et futur président du comité du non faisait étalage de ses sombres certitudes quant à la fin du Canada, rien de moins.

Depuis dix ans, disait-il, on fait tout ce qu’on peut humainement faire pour discréditer l’ensemble canadien et préparer son écroulement dans les esprits et ensuite dans les structures. Plus loin, il ajoutait: Le Canada, sans régime fédéral, va cesser d’exister. Tout en respec­tant le choix des Québécois qui désirent sincèrement continuer à faire partie d’un système fédéral, et même du système fédéral tel qu’il existe actuellement — quoi­que cela soit plus difficile à comprendre —, on accepte difficilement qu’ils prétendent du même souffle que la remise en question de la place du Québec dans cet ensemble mène à nier l’existence même du Canada ou à l’empêcher de continuer avec le régime qui fait son af­faire.

Il ne faut pas oublier, et je crois que dans les in­troductions assez nombreuses qu’il y avait au Livre beige du Parti libéral provincial, c’est très clairement rappelé, sur quel fondement ce régime est établi. C’est au premier chef — on parle d’abord d’un certain éloignement de l’Angleterre, d’une certaine expansion de plus en plus inquiétante de la puissance américaine et on ajoute ceci: C’est afin de créer un espace économique à toutes les colonies de l’Amérique du Nord que fut conçu le projet de fédération canadienne adopté en 1967. Les colonies voulaient renforcer leur économie respective en accroissant le commerce intérieur et en se dotant d’une solide infrastructure en matière de transport, d’institutions financières, d’administration publique. Elles voulaient mettre en valeur les territoires de l’Ouest canadien, garder au Canada et accroître la population des diverses colonies, permettre aux colonies de se développer davantage et de manière autonome par rapport aux contrôles extérieurs. C’est ce qui a été le fondement de l’expérience canadienne.»

Or, nous proposons justement le maintien de l’espace économique canadien qui a été le fondement de cette réalité, le maintien à peu près tel qu’il existe. Nous voulons conserver intact l’actuel marché commun. Il nous apparaît évident qu’une telle proposition corres­pond à l’avantage de tous, des Québécois mais aussi des Canadiens des autres provinces.

En Ontario seulement, il y a 200 000 emplois et davantage qui dépendent du marché québécois. J’ai remarqué d’ailleurs que dans les textes de nos amis d’en face, on parle toujours des avantages que le Québec peut retirer, en oubliant que ce sont des vases com­municants. On parle uniquement des avantages que le Québec peut retirer, par exemple, de ses ventes au reste du Canada. Il ne faut pas oublier que cela joue des deux côtés. Le marché québécois représente à lui seul, pour ceux qui l’ignoreraient, 25% de toutes les exportations des autres provinces.

Donc, c’est nécessairement du donnant donnant. Le bon sens le dit, mais il y en a parfois qui l’oublient. En proposant de conserver cet ensemble économique et tout ce qu’on peut y réaliser ensemble, d’y maintenir la libre circulation des personnes, des produits, des capitaux, d’un même dollar, sans douane ni autres em­barras, est-ce qu’on ne s’en irait pas très précisément dans une direction qui est en plein dans le courant le plus universel des relations égalitaires entre les peuples? C’est-à-dire la souveraineté, pour nous la fin de la dépendance intérieure, et quel que soit le nom qu’elle porte — pacte, conseil, communauté, association, à des douzaines d’exemplaires à travers le monde civilisé d’aujourd’hui — l’interdépendance en même temps, librement acceptée et d’autant plus stimulante.

En terminant, on me permettra de souligner aussi que pour réussir à briser le cercle vicieux dans lequel nous sommes enfermés au point de vue politique, cons­titutionnel — peu importe les adjectifs qu’on veut employer — et si on peut parvenir à rompre sans hostilité ce front commun que toute majorité essaie tou­jours de maintenir autour d’un statu quo qui lui est pro­fitable — et à ce point de vue, il faut bien comprendre que c’est normal pour la plupart des porte-parole du Canada anglais de s’accrocher mordicus à ce statu quo pour l’essentiel —, si on veut rompre ce front commun, le rompre sans hostilité, il faut que le référendum soit aussi pour les Québécois l’occasion de plus qu’un minimum vital de solidarité.

I know, this is something which in many cases is more difficult to accept among English speaking Quebecers, this measure of solidarity which is normally called for by an event such as a referendum or a plebiscite on the national future. And I know, I think very realistically, that many and probably most or our English speaking fellow citizens will find it impossible to answer this call I just made because they feel — and so much of the past and so much also of the present is there to explain that — an unbreakable belonging, more to the English Canadian majority than to the majority French Quebec society. Not only is it understandable but it is something we must and we shah l respect but may I say that we shah l also respect at least as much the ex­ceptional courage and to us the clearmindedness of ail those for whom the referendum, on the contrary, and without breaking any ties, will represent a chance to ex­press positively, eloquently, a priority for their attach­ment to Quebec but also to a better and more fruitful and eventually friendlier relationship between ail of us, both here in Quebec, and between Quebec and Canada.

Cette solidarité, il est évident que c’est rare dans l’histoire d’une société. Cela arrive à peu près deux ou trois fois par siècle, je pense, dans le meilleur des con­textes, à certains moments, que tout le monde reconnaît d’instinct, quand son instinct n’a pas été émoussé. Or, depuis le début de l’année surtout, on a vu cela s’amorcer un peu partout au Québec. J’ai pu le con­stater dans plusieurs régions au cours des tournées, une solidarité qui essaie de s’affirmer au-delà des af­frontements — il y aura toujours des affrontements dans n’importe quelle société, il y aura toujours des pro­blèmes, des intérêts qui se cognent, qui s’entrechoquent; et même, ce qui est encore plus extraordinaire, une solidarité qui cherche à passer par-dessus les compar­timents partisans. Là-dessus, je dois vous dire avec une certaine tristesse que j’ai entendu pendant la fin de se­maine un morceau du congrès des libéraux provinciaux. J’ai entendu le député de Bonaventure raconter avec son brio, qui parfois déguise admirablement ses intentions, que c’est peut-être parce que nous avions honte de notre parti si nous tâchions nous-mêmes, afin de rejoindre cette soif de solidarité qui se dessine, de nous conduire aussi exclusivement que possible comme des Québécois et rien de plus, mais rien de moins. Je dirai simplement au député de Bonaventure qu’il n’est pas question d’avoir honte d’un parti qui, en treize années aussi dif­ficiles et pleines de sacrifices tout le long du chemin, a réussi sa croissance sur un terrain politique encombré comme on le sait par les vieux partis, et qui, depuis trois ans et demi, a tâché de fournir au Québec un gouverne­ment aussi convenable que possible, de remplir tous ses engagements et qui va continuer de le faire jusqu’à la fin de son mandat actuel.

Mais devant cet engagement, entre autres, qui est non partisan de nature parce qu’il est tellement lourd de conséquences pour toute la collectivité, cet engagement que constitue le référendum, quant à nous, en tout cas, nous allons persister jusqu’au bout à oublier un peu ce que Mercier, tout là-bas au siècle dernier, appelait déjà nos luttes fratricides. Je suis profondément convaincu que ceux qui l’auront fait, y compris au fond d’eux- mêmes certains de nos amis d’en face, seront fiers com­me jamais au soir du référendum, lorsqu’une solide ma­jorité de la population aura dit oui, oui au Québec, oui à sa maturité présente, oui à toutes ses chances d’un avenir libre et responsable.

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