50e anniversaire du Parti Québécois : le discours d’ouverture de René Lévesque au premier congrès

Couverture du programme du premier congrès du Parti Québécois

Il y a cinquante ans, le 11 octobre 1968, s’ouvrait le premier congrès d’un nouveau parti politique qui allait prendre trois jours plus tard le nom de Parti Québécois.

Le Mouvement souveraineté-association (MSA) s’unissait alors au Ralliement national (RN) pour fonder ce nouveau parti souverainiste. Le MSA avait été lancé par René Lévesque près d’un an plus tôt, après son départ fracassant du Parti libéral en raison du rejet de sa proposition d’un « Québec souverain dans une nouvelle union canadienne ». Il reprendra cette proposition en l’étayant dans son essai-manifeste Option Québec publié en janvier 1968 et vendu à plus de 50 000 exemplaires.

Le RN était l’un des deux partis indépendantistes fondés dans les années 60 avec le Rassemblement pour l’Indépendance nationale (RIN). Conduit par Pierre Bourgault et nettement à gauche, le RIN était principalement implanté à Montréal. Dirigé par Gilles Grégoire et plutôt de centre-droit, le RN était mieux établi en région. Aux élections de 1966, ils avaient remporté ensemble près de 9 % du vote, contribuant ainsi à la défaite du Parti libéral aux mains de l’Union nationale. Depuis le printemps, les trois groupes discutaient pour former un nouveau parti politique unissant les forces souverainistes. Si le RN et le MSA réussissent à s’entendre, le RIN est en désaccord avec les positions concernant l’association avec le Canada et les droits scolaires de la minorité anglophone. Quelques jours après ce congrès, le 26 octobre, le RIN choisira de se dissoudre pour cause indépendantiste et invitera ses membres à joindre le PQ.

Minutieusement préparé, ce congrès a lieu du 11 au 14 octobre 1968 au petit Colisée de Québec et rassemble près de 1000 délégués provenant de toutes les régions du Québec. En quatre jours, les participants adoptent une plateforme ambitieuse dont l’objectif principal est la création d’un état souverain de langue française par une action démocratique constante. La souveraineté est assortie d’une association économique avec le Canada. La démarche se veut aussi respectueuse des droits des minorités. Dans son message se trouvant dans le document d’information intitulé Ce pays qu’on peut bâtir et remis aux délégués, René Lévesque précise :

« …c’est la promesse d’un parti authentiquement populaire et démocratique, d’un programme pour une société véritablement renouvelée, d’un pays capable d’acquérir sa liberté dans un climat civilisé, où fermeté d’acier n’exclue pas le respect de l’autre ».

Pour souligner le cinquantenaire de ce grand parti dont les réalisations suscites encore l’admiration de nombreuses personnes, nous vous invitons à lire le discours que René Lévesque avait prononcé à la soirée d’ouverture de ce congrès.

Christian O’Leary
Directeur général


 

Nous sommes réunis pour fonder et lancer un parti nouveau.

Nous avons réussi une espèce de prodige depuis le printemps, depuis six mois : celui de commencer, péniblement, mais sans perdre le nord, à définir et à orienter ce qui n’était encore qu’un mouvement spontané et inconsistant, réuni autour d’une option politique. Ce soir, et jusqu’à lundi, nous avons un autre prodige à réaliser et c’est de loin le plus décisif des deux.

C’est déjà un miracle, de toute façon, qu’on ait pu mettre sur pied ce deuxième congrès en six mois. Il ne faudrait pas recommencer chaque année, car ni le parti ni ses cadres ne feraient de vieux os.

Ce miracle, on le doit surtout à quelques douzaines de véritables forcenés, qui ont complété nos très modestes ressources par la plus incroyable dépense de force et de dévouement que j’aie jamais vus de toute ma carrière politique. Il y en a, surorganisé, [qui ont préparé] la documentation, puis les résolutions et les projets de statuts [et] qui y ont mis non seulement tout leur loisir, mais bien tout leur temps, depuis le printemps, pendant tout l’été, en plus de ces derniers quinze jours-trois semaines, se relayant jour et nuit.

Merci aux centaines de militants exténués qui sont délégués.

Je voudrais, en notre nom à tous sûrement, souligner aussi la participation constante, infatigable, épuisante souvent, qu’ont fourni depuis le début ces pionniers de la toute première heure du MSA, Marc Brière, Rosaire Beaulé, Guy Pelletier et Doris Lussier, qui ne se représentent pas à l’exécutif pour laisser la place à d’autres, pour que les cadres puissent s’en élargir, et qui restent déterminé à militer aussi fort et à payer de leur personne partout où ils seront appelés.

Et je veux saluer, avec Gilles Grégoire, tous nos alliés du Ralliement national, qui sont déjà avec nous comme délégués, même s’ils n’ont eu que deux mois pour nous retrouver, et dont l’énergie et la persévérance promettent de renforcer puissamment le parti où nous serons désormais tous ensemble, côte à côte.

C’est un défi que nous avons à relever ensemble d’ici lundi. Nous avons tous voulu un congrès aussi libre et ouvert qu’il est humainement possible. Nous devons aussi faire un congrès qui aboutit.

C’est donc un geste important, très grave, que nous avons à accomplir. Car ce parti, il faut tâcher de lui donner, dès sa naissance, les qualités de sérieux, d’honnêteté et d’efficacité qui le rendront digne d’être l’instrument politique des changements fondamentaux que nous préconisons pour le Québec.

Afin d’atteindre cet objectif, il faut que nous apprenions à marcher systématiquement, inlassablement, à la conquête du pouvoir. Si nous y croyons assez, et si nous savons employer vigoureusement tous les moyens légitimes, nous y arriverons – et peut-être bien plus vite qu’on ne le croit chez nos adversaires… et même dans nos propres rangs.

 En même temps, nous allons aussi être obligés, en quelque sorte, de réhabiliter la notion même de parti politique. Il y a chez nous des gens très nombreux, en particulier, mais pas exclusivement chez les jeunes, qui vomissent les partis, qui n’y croient plus – parce que nos vieux partis ont tout fait, trop souvent, et font encore tout ce qu’ils peuvent pour devenir absolument incroyables! Et ils achèvent assez évidemment lorsque la domination [devient] si souvent stérile et frauduleuse de la société québécoise.

Pourtant, il est fort probable, si l’on ne doit pas tomber dans le chaos, que des partis seront encore longtemps nécessaires pour permettre à toutes les sociétés humaines, la nôtre comme les autres, qui sont imparfaites, de débattre et de décider les corrections et les progrès dont elles ont besoin. Peu importe la forme qu’ils prennent ou les noms qu’on leur donne, il faudra continuer à avoir des partis, afin de permettre aux hommes de se regrouper autour d’idées à faire valoir et de buts à atteindre, et autour d’une action aussi bien organisée que possible en vue de faire triompher ces idées et de réaliser ces buts.

C’est le choix que nous avons fait et que Gilles Grégoire évoquait quand il donnait le premier de nos objectifs fondamentaux sur lesquels nous nous sommes réunis avec le RN, de créer un état souverain de langue française par une action démocratique constante. Nous avons fait le choix de l’action politique par un parti politique. Ce qui veut dire que nous avons fait le choix aussi de nous exposer dès la prochaine au verdict électoral de nos concitoyens. Il y a des gens chez nous qui disent, en mettant ça entre guillemets, qu’il faut faire attention à l’« électoralisme ». Il y a aussi des gens chez nous, inévitablement comme dans tous les pays du monde, qui rêvent à de fantastiques révolutions en dehors de toute action normale. Des révolutions, hélas, qu’on prépare trop souvent dans les maquis confortables du salon. Ou encore des gens qui n’ont tout simplement pas encore accepté d’avoir l’énergie et l’humilité en même temps qu’il faut pour harnacher même les plus nobles impatiences à la dure patience de l’action systématique de persuasion vis-à-vis de l’ensemble de nos concitoyens.

Nous ne parviendrons pas du premier coup, c’est bien sur, à nous purger des mauvaises habitudes, de tous ces aspects mesquins et déprimants de la « partisanerie » traditionnelle dont les vieux partis ont trop longtemps affligé le paysage politique du Québec. Il est même très possible que nous n’y parvenions jamais complètement. Mais nous pouvons et nous allons tâcher, d’arrache-pied, de nous faire un parti qui ne soit pas « nouveau » seulement parce qu’il est le dernier à venir au monde.

Il doit y avoir moyen de prouver, sans tomber dans l’incohérence ou l’idéalisme échevelé, qu’un parti politique peut être réaliste sans tomber dans l’opportunisme, peut appartenir vraiment à ses militants tout en demeurant efficace, peut être un rendez-vous de citoyens adultes et responsables sans devenir un club académique, et peut même contenir toute la passion d’une grande cause sans dégringoler dans la fébrilité ou l’agitation improvisée.

C’est là le défi que nous avons à relever, en commençant tout de suite, pendant les trois jours qui viennent.

Si nous y arrivons honorablement, ça se verra. Et quand ce sera devenu assez visible pour tous, non seulement nous arriverons au pouvoir, mais ce pouvoir nous l’aurons mérité, et nous serons prêts à l’exercer comme il faut.

Mais ce pouvoir, il faudra savoir également comment le répartir dans la société. Cela aussi, c’est une chose à laquelle nous devons commencer à nous préparer tout de suite – dans la vie interne de notre parti et dans l’esprit que nous donnerons à notre programme.

Pour reprendre une expression que j’ai lue et qui m’a frappé ces jours derniers – il faut que nous apprenions non pas seulement à conquérir le pouvoir, mais à favoriser et à préparer en même temps la « conquête des pouvoirs » par tous ceux qui, dans notre société soi-disant démocratique, ne participent pas ou si peu aux décisions, même à celles qui les affectent le plus intimement.

Car cette expression tellement à la mode aujourd’hui de « participation », si elle doit signifier quelque chose de valable et cesser d’être uniquement une addition au vocabulaire, elle n’est au fond que l’extension, ou plus exactement le sens véritable qu’aurait toujours dû avoir le mot « démocratie » – mais qu’on ne lui a jamais permis de prendre.

La démocratie, ça veut d’abord dire que l’autorité prend sa source dans le peuple. Quand on s’est vu forcé, jadis, d’accepter cette notion, on s’est aussitôt acharné à réduire cette source populaire au rôle d’un maigre filet électoral, qui ne jaillit plus normalement qu’au moment du vote – après quoi l’on ferme immédiatement le robinet. Dès que le scrutin est passé, et pour toute la durée de leur mandat, trop d’élus, sinon la plupart, se sont habitués à se comporter comme tous les patrons traditionnels et si vites intransigeants, qu’on retrouve dans les autres secteurs – administration, éducation, économie, etc. Ces dirigeants qui se voient trop souvent comme des oints du Seigneur, patrons de droit divin installés dans des structures qui seraient elles aussi descendues du ciel en même temps que les Tables de la Loi.

Au fond de tous les conflits et contestations, de plus en plus nombreux, et complexes, et angoissants, qui se multiplient dans ces divers secteurs, en dessous des revendications et des griefs précis qui peuvent différer aussi bien qu’exagérer, n’y a-t-il pas quelque chose qui commence à ressembler à une révolte générale contre tous ces cadres à la fois rigides et souvent si démodés dans lesquels on prétend sans discussion et même volontiers sans explication enfermer des êtres humains? Ne sommes-nous pas en train d’assister au réveil des pions qui en ont assez de se sentir manipulés par des joueurs d’échecs qui se pensent indiscutables?

À l’échelle nationale, celle de tout notre peuple, c’est d’ailleurs justement ce genre de révolte que nous devons tâcher de suscites pour de bon, de canaliser et de rendre féconde.

C’est comme un pion, lui aussi, sans aucune consultation sérieuse, sans explication valable, essentiellement pour renchausser les positions d’un vieil empire européen face à la jeune agressivité américaine, que le peuple québécois fut naguère casé dans le régime fédéral. Un échiquier sur lequel nous n’avons pas cessé, depuis lors, d’avancer ou de reculer au gré de stratégies qui ne tiennent compte des intérêts du Québec qu’en dernier lieu, quand il reste du temps ou quand le petit pion rouspète et qu’il faut le calmer. Ce régime, il nous a émasculés collectivement, nous a forgé cette mentalité de gens « nés pour un p’tit pain », cette mentalité servile et médiocre de trop de ceux de qu’on appelle nos élites. Ce régime, c’est lui qui, en nous gardant disloqués entre Ottawa et Québec, a développé notre inaptitude tragique à saisir l’ensemble de notre situation, et à déboucher, au moins par-ci par-là sur le minimum vital de solidarité dont tous les peuples ont besoin à quelques moments cruciaux de leur existence.

Ce régime, nous en sommes convaincus, c’est lui avant tout qui nous a dégradés collectivement au point de nous faire croupir dans l’acceptation béate ou résignée, d’une situation minoritaire, coloniale et inférieure.

C’est bien vrai, comme disent souvent les experts patentés, que le Québec français n’a encore rien produit, dans presque tous les domaines importants, qui le justifie de se faire péter les bretelles. Mais quand ils disent cela sans indiquer de façon convaincante comment ça peut changer, se rendent-ils compte qu’ils ne font ainsi que saper davantage le moral d’une société qu’on a élevée terriblement peureuse et terriblement irresponsable?

Sont-ils conscients de la stérilité de leur attitude, ceux qui, naïvement ou cyniquement selon les cas, proposent de laisser de côté les problèmes constitutionnels, « et de s’occuper uniquement du pain et du beurre »? Et ceux qui développent le refrain, en se donnant de bons petits airs d’esprits pratiques: « Bien sûr, ça garde une certaine importance, le statut politique, pour quand on aura le temps, mais c’est à « demain matin » qu’il faut penser, aux milliers d’emplois nouveaux qu’il est urgent de créer… »

Voilà, en effet, une urgence véritable. C’est même une vieille urgence, et qui a la vie dure. C’est une urgence qui n’en finit plus de s’éterniser; et elle va se maintenir, et s’aggraver, à travers tous les « demains matins » que nous vivrons encore sous le régime actuel. Ce n’est pas le manque d’éducation ni le manque de compétence qui nous retardant seuls, ni même principalement – ne vient-on pas de révéler que même avec une éducation égale et même ici, chez nous, au Québec, les nôtres demeurent économiquement et socialement au bas de l’échelle? Pas plus la création réelle et non plus verbale ou électorale des emplois nécessaires, que les promotions et la prise en mains des responsabilités tout aussi indispensables, ne viendront jamais à une société minoritaire, dépendante et incertaine d’elle-même. Sauf pour les arrivistes, et pour les politiciens dans dont la démagogie la pire est celle qui se donne un visage angélique pour exploiter nos vieilles peurs les plus paralysantes devant un changement qui s’impose.

Nous les créerons les emplois, au lieu de les quêter aux autres, et en vain trop souvent; nous deviendrons un peuple sain, et productif, s’étonnant lui-même de ce dont il est capable, ce dont il ne s’est jamais cru capable… Nous serons cela le jour – mais pas avant – où nous serons ici chez nous, au Québec, une majorité normale, souveraine et responsable.

Nous ne ferons pas le paradis du jour au lendemain. Ce n’est pas du soir au matin que nous rattraperons tous les retards que nous avons laissés s’accumuler. Mais c’est du soir au matin que se passera l’essentiel : le jour même où se décidera une majorité claire, le peuple pion sera devenu un peuple maître, le peuple incohérent et dépendant se verra enfin chargé de son propre destin, â la tête de son propre chantier.

Ce jour-là, tout deviendra possible, ce qu’un petit peuple libre et sûr de lui peut encore accomplir de surprenant, même au milieu des géants qui encombrent l’univers.

Tant que ce jour-là ne sera pas venu, on va continuer tant bien que mal à survivre, à rouspéter, et à prendre pour les lanternes de l’avenir les vessies du statu quo plus ou moins rafistolé. On va continuer par exemple à faire épousseter par des bataillons entiers de spécialistes cette vieille notion d’une république fédérale qui n’est que pure poudre aux yeux, – où nous demeurerions colonie à l’intérieur d’une république de façade comme nous le sommes dans le vieux Dominion… et derrière ce paravent, on va continuer à manipuler l’illusionnisme centenaire d’un « Canada à dix » marié avec un « Canada à deux »… où il y en aura sans cesse un sur deux, qui est également un sur dix, qui se fera avoir – comme toujours, jusqu’à ce qu’i1 en sorte…

Seule la souveraineté du Québec nous sortira seule de tous ces fouillis déprimants, de cette longue et dangereuse stagnation d’où surnagent péniblement nos maigres poignées de « foremen » et d’hommes de paille et d’exceptions toujours fragiles et solitaires.

Une fois acquise, cependant, cette souveraineté, il faudra savoir en répartir convenablement l’exercice aussi bien que les bénéfices. Et ça aussi, ça commence à se préparer tout de suite.

Comment notre société apprendra-t-elle à partager ses pouvoirs entre tous ses citoyens? Il faut, et sans doute l’évolution fera-t-elle qu’il faudra de plus en plus, donner vraiment à tous les hommes cette participation réelle, ces pouvoirs leur permettant d’orienter eux-mêmes leur existence, ces pouvoirs que la démocratie leur promettait dès son apparition, amis que les profiteurs de la démocratie ont trop longtemps confisqués dans tous les secteurs.

Comment tirer l’enseignement, par exemple, de son vieux climat paternaliste au détriment des enseignants, des élèves et de l’éducation elle-même? Comment introduire là des structures et plus encore un esprit capable de « rentabiliser » au maximum l’indispensable révolution que nous avons à peine amorcée dans un système qui était si dangereusement sclérosé qu’il nous faisait avancer en arrière.

Comment faire passer, comme il faut, ce même renouveau et cette même participation démocratique dans le secteur public, dans nos institutions municipales démodées et dans les cadres régionaux qui restent à créer? Comment accélérer la modernisation et en même temps la « civilisation » des entreprises et de tout le régime économique?

Voilà des questions qu’on ne peut éviter, et que vous retrouverez sans cesse dans la documentation qu’on a préparée et â tous les détours de vos propres résolutions.

Il faut que nous commencions, au moins, à y répondre de notre mieux d’ici à lundi. De même que, en priorité encore plus pressante, nous verrons partout, dans tous les domaines, se profiler la question la plus vaste et la plus lancinante de toutes – comment même faire soupçonner leur participation possible, et l’espoir auquel ils ont droit, â tous ceux chez nous qui sont dans la misère? Comment éviter ces fraudes cruelles que sont les « guerres à la pauvreté » qu’on proclame sans véritable impatience, et ces « sociétés justes » qu’on ne prend aucunement les moyens de réaliser?

C’est là, chez tant de milliers de nos concitoyens, dans nos milieux sans horizon dans nos quartiers dégradés, dans nos secteurs de petits emplois fragiles et d’assistance sociale héréditaire, que nous devons faire porter le souci le plus brûlant et le plus fraternel du parti que nous allons fonder.

Le Québec souverain, ça presse pour tout un peuple.

Mais ça presse surtout, et il faut s’y attacher et le démontrer sans cesse, de mieux en mieux, afin que nous ayons enfin en mains les outils et l’énergie qu’il faut pour sortir du trou les plus mal pris d’entre nous.

Comme le dit un proverbe chinois avant Mao, « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas ». Si le premier pas est bien fait, nous aurons parcouru la moitié du chemin. Les trois jours qui viennent et que nous réussirons est un commencement qui sera déjà un gros morceau du parcours.

 

René Lévesque
Ouverture du Congrès MSA-RN
11 octobre 1968

NDLR : Les parties en italique indiquent la transcription des annotations manuscrites.

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René Lévesque et le monde

Couverture de  René Lévesque et le monde

Sous la direction de Guy Lachapelle avec une préface de Lucien Bouchard,  2018, 296 p.

Vient de paraître chez VLB Éditeur dans la collection Études Québécoises

Dans sa carrière de journaliste, René Lévesque a été tour à tour observateur, vulgarisateur et commentateur de l’histoire en marche. Comme reporter, il a été parmi les premiers à constater l’étendue des crimes du nazisme, puis a couvert la guerre de Corée. Comme présentateur de Point de mire, il a été de ceux qui ont ouvert le Québec sur le monde. Comme chroniqueur, il a fait l’analyse des grands enjeux géopolitiques, de la guerre froide à la décolonisation, de la guerre du Vietnam au réveil économique de la Chine. À tout cela s’ajoute, bien entendu, son parcours politique et son action, notamment diplomatique, en tant que premier ministre. Le nationalisme de René Lévesque était, comme on le verra clairement dans cet ouvrage, à l’opposé diamétral d’un recroquevillement, ou d’un alignement : le nouveau pays aurait ajouté sa contribution singulière au concert des nations.

Les textes sont adaptés des interventions du quatrième colloque de la Fondation René-Lévesque. Les auteurs sont des historiens, des témoins directs, et d’anciens proches collaborateurs de René Lévesque: Jean-François Beaudet, Louise Beaudoin, Éric Bédard, Lucien Bouchard, Patrice Dallaire, Yves L. Duhaime, Guy Lachapelle, Daniel Latouche, Michel Lemieux, Stéphane Paquin, Claude Roquet, Jean-Louis Roy, Nicolas Toupin et Jacques Vallée

Certaines des conférences du colloque peuvent être visionnées sur le site Web du Canal Savoir : www.canalsavoir.tv/emission/renelevesque_monde

 

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Merci, Lise Payette

Photo de Lise Payette

Lise Payette a fait partie du cabinet de René Lévesque de 1976 à 1981 où elle a été ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, ministre d’État à la Condition féminine et ministre d’État au Développement social. Pour nous remémorer son héritage politique, nous vous invitons à regarder les entrevues qu’elle a données dans le cadre de la programmation de Mémoires de députés sur le site Web de l’Assemblée nationale.

En trois vidéos, elle témoigne de son engagement féministe et politique et raconte son passage au gouvernement Lévesque allant de son élection dans Dorion à son départ en 1981. Elle relate notamment comment elle a mis en place les lois sur l’assurance automobile et sur la protection du consommateur, de même que les actions qu’elle a menées pour faire avancer la cause des femmes.

Merci, Lise Payette, pour ces grandes réalisations qui ont amélioré la vie des Québécois et des Québécoises!

Nous offrons toutes nos condoléances à sa famille et à ses amis.

http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/emissions-capsules-promotionnelles/memoires-deputes/AudioVideo-37749.html

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Notre Fête

Nous sommes des Québécois.

Ce que cela veut dire d’abord et avant tout, et au besoin exclusivement, c’est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous soit possible d’être vraiment chez nous.

Être nous-mêmes, c’est essentiellement de maintenir et de développer une personnalité qui dure depuis trois siècles et demi.

Au cœur de cette personnalité se trouve le fait que nous parlons français. Tout le reste est accroché à cet élément essentiel, en découle ou nous y ramène infailliblement.1

Ces 101 premiers mots d’Option Québec résonnent encore aujourd’hui avec justesse, cinquante ans après leur publication. Avec ce livre qui a marqué un tournant dans notre histoire récente, René Lévesque a inspiré un mouvement enthousiaste qui a insufflé en fin de compte beaucoup de fierté à tous les Québécois. Sa lecture est toujours stimulante et nous permet de voir ce qui a été accompli et ce qui pourrait l’être. Le Québec bouge. René Lévesque le constate aussi dans ses mémoires en se souvenant de sa Gaspésie natale :

J’y suis pourtant retourné à quelques reprises ces dernières années. Assez pour voir qu’il s’est produit là comme ailleurs une accélération de l’histoire qui métamorphose et modernise mon éden du bout du monde, mais sans l’enlaidir, ce qui ne m’a pas surpris puisqu’il n’est pas enlaidissable.2

Dès cet été, nous aurons une raison supplémentaire d’y aller ou d’y retourner puisque l’Espace René-Lévesque sera inauguré le 26 juin dans son village natal. Les voyageurs dans la péninsule pourront désormais s’arrêter à New Carlisle pour visiter ce nouveau lieu de mémoire qui lui est consacré.

Ce 24 juin, en Gaspésie, dans une autre belle région ou ailleurs dans le monde, célébrons fièrement ce que nous sommes, des Québécois!

Au nom des membres du conseil d’administration de la Fondation, je vous souhaite une bonne Fête nationale!

Christian O’Leary
Directeur général

1. René LÉVESQUE, Option Québec, Éditions de l’homme, 1968, p. 19.
2. Id., Attendez que je me rappelle…, Éditions Québec/Amérique, 1986, p. 101.

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LA GENÈSE D’OPTION QUÉBEC : entrevue avec Jean-Roch Boivin

Compagnon de René Lévesque à partir de 1962, Jean-Roch Boivin a été son chef de cabinet de 1977 à 1984. Il a été l’un des signataires de l’avant-propos d’Option Québec.

Jean-Roch Boivin avec René Lévesque. Photo: Antoine Desilets, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Avant de quitter le Parti libéral du Québec en même temps que René Lévesque au congrès d’octobre 19671, quelle était votre implication dans ce parti?

J’étais membre de la commission politique du Parti libéral du Québec (PLQ). C’était un forum où nous pouvions discuter librement de toutes sortes de sujets. Dans l’année précédente, nous avions surtout discuté du financement des partis politiques et des réformes constitutionnelles possibles. Nous étions juste un petit groupe. Je ne peux pas dire que j’étais un joueur important, mais ça m’intéressait beaucoup de participer de cette façon-là à un parti politique.

À quel moment avez-vous rencontré René-Lévesque?

J’ai rencontré René Lévesque en 1962 quand je lui ai offert mes services. J’avais un bureau d’avocat dans le comté de Laurier. C’est un hasard. Le beau-frère du secrétaire de comté de M. Lévesque était stagiaire dans notre bureau. Il nous avait dit qu’il avait besoin d’aide dans son comté. Quand Lévesque était entré au Parti libéral en 1960, il n’avait pas tellement aimé la composition de son exécutif. Il cherchait à remplacer plusieurs membres. En 1962, avant l’élection, nous sommes allés à son bureau, Rosaire Beaulé et moi, pour lui dire que nous étions prêts à lui donner un coup de main. Nous étions déjà dans le Parti libéral, mais il ne nous connaissait pas. Je suis rapidement devenu beaucoup plus actif, parce que Lévesque, l’homme, m’intéressait. Nous avons beaucoup aidé à faire la campagne de 1962. René Lévesque était toujours sur la route pour vendre la nationalisation de l’électricité. Nous autres, on restait sur place pour travailler dans le comté. Ce fut la même chose aux élections de 1966.

Nos rapports avec René Lévesque étaient assez périodiques, mais pas tellement fréquents, parce qu’il était député et ministre. Nous étions des avocats bénévoles dans son comté. C’est comme ça que je l’ai connu et que nous sommes devenus presque amis.

Dans l’avant-propos d’Option Québec que vous avez signé avec René Lévesque et d’autres2, vous indiquez que, six mois plus tôt, vous étiez une vingtaine de personnes à réfléchir sur la question Constitutionnelle. Est-ce que l’idée de la souveraineté-association était déjà formulée à ce moment-là? Comme ça s’est passé?

C’est assez drôle cette histoire-là. Nous cherchions une nouvelle voie constitutionnelle et nous en parlions librement, en prenant un verre, en mangeant. Finalement, nous nous sommes dit qu’il faudrait bien que quelqu’un accouche d’un texte. Ça se passait durant l’hiver 1966 et le printemps 1967. Suite à nos discussions, nous disions à M. Lévesque : « vous devriez nous écrire quelque chose! » Il répondait : « Oui, oui. Je vais y penser ». René Lévesque faisait comme il faisait tout le temps, comme j’ai appris plus tard qu’il faisait tout le temps. Après trois semaines, quand nous lui demandions s’il avait un projet, il répondait : « Non, pas eu le temps, pas encore. Bon, je m’en vais en Nouvelle-Angleterre, je vais arriver avec un texte ». Il revient de ses vacances sans texte. Puis à un moment donné, il a pondu son texte. Ce texte est devenu la première partie d’Option Québec. La partie manifeste.

J’ai d’ailleurs une anecdote. C’est Alain Stanké qui me l’a contée. Pour amener le débat au congrès du PLQ en octobre, il fallait une résolution du comté de Laurier qui a été adoptée en septembre3. La résolution présentée reprenait en fait ce texte de Lévesque. Nous avons alors décidé de la publier dans un opuscule. Je me souviens que nous en avons distribué plusieurs centaines au congrès. Je ne sais pas qui avait apporté le texte chez l’imprimeur Pierre Lespérance, peut-être est-ce Lévesque lui-même, mais cette personne n’avait pas laissé de titre. Comme les délais étaient très courts, ils ont alors décidé d’en inventer un! Je me souviens de la couverture cartonnée verte avec le titre en rouge : « Un Québec souverain dans nouvelle union canadienne ».

Couverture de l’opuscule « Un Québec souverain dans nouvelle union canadienne » présentant la résolution de souveraineté-association de René Lévesque au congrès du Parti libéral du Québec le 5 octobre 1967.

Ça vous donne un peu l’histoire de ce moment-là. C’était incroyable! On réfléchit à quelque chose au début de l’année 1967. On adopte une résolution au comté de Laurier en septembre. On quitte le PLQ lors du congrès d’octobre. Fondation du MSA4 en novembre. Lancement du livre en janvier. Congrès du MSA en avril. Et pendant tout ce temps-là, on travaille tous pour gagner notre vie. M. Lévesque est alors député et chroniqueur à Dimanche-Matin.

Nous savions très bien qu’une fois sorti du Parti libéral, à cause de la résolution, ça ne s’arrêterait pas là. Nous savions très bien que ça allait tourner en parti politique. Nous ne le disions pas comme ça. Nous disions que c’était un mouvement. Qu’on verra bien ce que les gens veulent. Il y a eu la réunion fondatrice du MSA chez les Dominicains5 au mois de novembre. C’était plein, 300 ou 400 personnes. On pensait bien que la publication du texte de René Lévesque allait donner un élan énorme à notre mouvement. Mais il faut avoir l’humilité d’admettre qu’on ne prévoyait pas de vendre 50 000 copies dans l’espace de quelques mois.

À quel moment avez-vous décidé de publier un livre?

Tout de suite après le congrès. Et surtout avec la fondation du MSA. Ça prenait un instrument pour publiciser notre idée. À partir de là, il fallait terminer le livre pour le lancer le plus tôt possible, pour attirer du monde à notre mouvement et après pour attirer bien plus de monde pour le futur parti que nous allions fonder. Cette démarche formait un tout. Quand les journalistes demandaient à M. Lévesque s’il allait fonder un parti politique, il répondait que nous verrions ce que les gens en pensent. Mais il était clair que les gens allaient vouloir aller plus loin. Il ne s’agissait pas de faire une démarche académique, il s’agissait de faire une démarche politique.

Option Québec s’est avéré un très bon instrument, mais nous ne savions pas que le retentissement serait aussi fort.

Au congrès du Parti libéral, vous attendiez-vous à ce que René Lévesque quitte sur-le-champ?

Nous nous en étions parlé avant et nous savions très bien que ça allait être reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Il n’y a même pas eu de discussion dans le fond. Ce fut une mise à mort.

Nous savions que nous allions être obligés de sortir sur-le-champ. Mais nous ne pensions pas sortir du Parti libéral et nous en aller chacun chez nous. Nous voulions faire quelque chose. Nous nous sommes réunis en petit groupe une quinzaine de jours après le 5 octobre. Nous avons fondé le MSA. Là aussi, nous avons été surpris, dès le 19 novembre, car cette assemblée à la salle des Dominicains était pleine, tout le monde voulait adhérer à ce mouvement. Les adhésions rentraient et nous n’arrivions pas fournir. Il y a eu un congrès d’orientation en avril 19686 à l’aréna Maurice-Richard, il devrait y avoir 7000 à 8000 membres à ce moment-là.

En lisant Option Québec aujourd’hui, j’ai eu le sentiment d’une sorte d’urgence, de vouloir agir vite.

C’est en plein ça! On était pressé. On était presque fébrile. Option Québec, si on le lit comme il faut, on voit bien qu’il a été écrit rapidement.

René Lévesque écrivait dix pages de manuscrit. Il l’apportait à notre bureau d’avocat, la secrétaire le tapait. Puis, tout d’un coup, un autre dix pages, la secrétaire le tapait, etc. Jusqu’à ce qu’on ait tout le matériel pour l’apporter à l’éditeur et corriger les épreuves. Tout ça, c’est fait dans la hâte et au milieu de notre travail. Tout le temps dans la hâte. Ça pressait de lancer le livre. Ça pressait d’avoir le congrès du MSA. Ça pressait d’organiser la fondation du Parti Québécois en octobre 1968. Ça pressait tout le temps.

Dans Option Québec, il y a plusieurs textes de collaborateurs, comment ont-ils été sollicités?

C’est Lévesque qui est allé les chercher. Le texte de Parizeau, Lévesque est allé chercher son autorisation de le reproduire. Quant aux autres, plusieurs avaient déjà été publiés ailleurs. Nous avons eu les autorisations. Nous avons demandé à l’historien Jean Blain d’écrire la préface. C’était un sympathisant, un ami commun de René Lévesque et de nous, comme l’artiste Richard Lacroix qui a fait la maquette de couverture.

Le but était d’étayer la partie manifeste. De mettre un peu de chair alentour pour le lancer. Nous avons essayé de l’enrichir par la suite par notre action politique.

Et vous-même, à quel moment avez-vous adhéré à l’idée que la souveraineté était quelque chose de sérieusement envisageable, voire de nécessaire?

À l’été 1967. C’était pas mal gros d’« attaquer le Canada ». On y croyait, tout en étant réaliste. Tout a été décidé avant le congrès du Parti libéral.

Option Québec, c’était mettre franchement sur la table la nouvelle pensée constitutionnelle qui était nouvelle par rapport à ce qui se fabriquait depuis toujours comme propositions de statuts particuliers. Option Québec marquait une vraie rupture. Le Québec se donnait un statut égal à l’autre pour pouvoir ensuite négocier une entente avec le reste du Canada et participer au concert des nations. C’était une grosse montagne à franchir, que nous n’avons toujours pas fini de gravir.

L’idée a eu du succès. Ce sont des années difficiles à imaginer. Écrire une résolution, développer un discours qui l’appuyait, sortir du Parti libéral, publier Option Québec, fonder un mouvement puis un parti, et six après, prendre le pouvoir. Cette époque s’est passée très rapidement et nous étions pressés d’aboutir.

Dans Option-Québec, il y a évidemment l’idée de la souveraineté-association, mais aussi celle de l’État qui joue un rôle majeur comme instrument de développement de la société. Est-ce que pour vous et M. Lévesque, ces idées étaient indissociables?

C’était déjà acquis dans ces années-là. La Révolution tranquille continuait et nous trouvions qu’elle devait même être renforcée. L’idée d’un état fort au Québec était dans les airs et M. Lévesque était un ferme partisan de cette notion. Quant à l’association, elle semblait dictée par notre géographie, notre histoire et la place du Québec dans le Canada. Ce n’est pas entièrement détaillé dans le livre, car ce n’est pas un travail universitaire. Ce n’était pas le but non plus. La première partie est un manifeste et c’était la partie la plus importante pour appuyer le mouvement politique.

50 ans plus tard, est-ce que vous trouvez toujours qu’Option Québec demeure pertinent?

Oui, c’est encore pertinent. C’est tellement facile de parler après coup. Je suis certain qu’on a sous-évalué la partie immigration qui allait changer notre société en grande partie. De même, nous avons sous-estimé la mondialisation. Ça nous apparaissait moins évident alors. Nos économies sont tellement intégrées maintenant, l’économie du Québec, l’économie du Canada et l’économie nord-américaine.

L’idée de la souveraineté-association présentée par M. Lévesque lui apparaissait être une démarche logique. Il disait, pourquoi défaire une structure déjà pas mal intégrée, le Canada et le Québec, pourquoi mettre ça à terre et défaire ça. Pourquoi ne pas faire la souveraineté en même temps que faire une entente. Il voulait que ça se fasse simultanément. On se sépare et on s’entend. Vous remarquerez que le premier référendum demandait : « est-ce que vous voulez devenir souverain et faire une entente avec le Canada ? »

Plusieurs ont dit que notre démarche était un peu idéaliste. Mais c’est aussi parce qu’elle l’était qu’il y a beaucoup de personnes qui ont trouvé que l’idée était bonne.

Dans la vraie vie, il faudrait plutôt être indépendant pour que quelqu’un s’assoie à la table afin de négocier une entente. Dans le fond, il faut d’abord faire la souveraineté pour aboutir à la souveraineté-association. Alors, ça a tourné rapidement comme ça, dans le discours et dans la démarche.

Donc, si vous me demandez si je suis encore de cet avis-là, je réponds que je le suis. Mais ce serait très difficile à réaliser, parce que ça prendrait un partenaire qui voudrait bien le faire avec nous. C’est très faisable. Mais, actuellement, nous ne sommes pas dans la situation où nous avons un partenaire qui va nous aider à mettre en œuvre ce projet. L’idée reste difficile à réaliser dans cette forme-là.

Même si nous n’avons pas réussi ce que nous voulions faire, nous avons au moins donné une énorme fierté aux Québécois. Aujourd’hui, les Québécois savent qu’ils peuvent! Ils n’ont pas fait la souveraineté, mais ils savent qu’ils pourraient, s’ils voulaient, choisir un destin différent de celui du présent.

La société a changé. Ce n’est pas une question de degré. C’est une question de nature. Le mouvement indépendantiste a vraiment donné aux Québécois une assurance en eux-mêmes qu’ils n’avaient pas avant. Et nous sommes chanceux, il n’y a personne qui dit ici que nous n’avons pas le droit de faire la souveraineté, comme ce qui arrive en Catalogne. Avec Option-Québec, nous avons fait beaucoup de chemin.

Entrevue réalisée par Christian O’Leary, directeur général par intérim


 L’année du 50e anniversaire d’Option Québec

Tout le long de l’année, la Fondation soulignera l’anniversaire de la publication de ce texte fondateur qui a marqué l’histoire du Québec en publiant sur notre site des extraits d’Option Québec et d’autres textes complémentaires. Voici un second extrait tiré du second chapitre « L’Accélération de l’histoire ».

Nous vous invitons à partager ces textes et à nous faire part de vos commentaires et idées qu’ils vous inspirent.

Option Québec a été réédité en 1997 aux Éditions Typo :

http://www.edtypo.com/option-quebec/rene-levesque/livre/9782892951400

Notes

1. Congrès du PLQ du 13, 14 et 15 octobre 1967
2. Roch Banville, Rosaire Beaulé, Gérard Bélanger, Marc Brière, Pothier Ferland, Maurice Jobin, Monique Marchand, Guy Pelletier et Réginald Savoie
3. 18 septembre 1967
4. Mouvement souveraineté-association
5. Les 18 et 19 novembre 1967 au couvent Saint-Albert-le-Grand
6. Les 21 et 22 avril 1968, le premier congrès du Mouvement souveraineté-association réunit quelque 1700 délégués à l’Aréna Maurice-Richard

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